Criticon *

* titre volé à Desproges, cf. cette chronique radio retranscrite

Parce qu'on ne rit pas assez ; qu'il faut bien parfois écrire de grosses conneries pour détendre les gens ; et que c'est bien plus drôle lorsque c'est involontaire.

Parce que voir un film uniquement pour son aspect visuel lorsque :


- 99% du budget est passé dedans

- le scénario tient en une demi-ligne

- à l'évidence-même, le propos ne cherche pas à pisser bien loin et se révèle donc d'une confondante inoffensivité.


Bref, parce que se contenter d'apprécier l'aspect visuel - remarquable - d'un film dont l'action se déroule il y a 2000 ans et met en scène des acteurs culturistes recrutés pour leurs pectoraux et leur bonne gueule plus que pour leur talent d'acteur, qui portent des slips en cuir, moulinent des bras avec leurs grosses épées et se battent en hurlant " beuhaaaaar " contre des créatures tirées tout droit de l'univers de la dark fantasy, c'est bon pour les gamins.

Et que la critique de cinéma, c'est du sérieux, c'est pour les grands, et que pondre une belle analyse abstraite sur le mode "géopolitique bien-pensante" (les Spartiates sont pas gentils, les Etats Unis sentent le pâté) permet, sans trop d'efforts, d'écrire au kilomètre de très belles phrases enflammées en évitant soigneusement de parler du film - vous savez, le réalisateur ? le montage ? Ce genre de truc ?



La critique de 300 par Alexis Bernier, "journaliste culturel" à Libération


Tout en faisant une remarquable contre-interprétation sur de nombreux détails. Le gars est journaliste professionnel, il n'a même pas l'excuse de l'incompétence : je parlerais donc de mauvaise foi. Par exemple le bossu... ceux qui ont vu le film apprécieront. Je n'arrive pas à concevoir qu'un adulte cultivé et en pleine possession de ses moyens puisse A CE POINT se planter sur le propos des scènes où ce personnage intervient, tant le réalisateur fait tout - et pas en finesse - pour montrer que Léonidas est déchiré par sa décision. Quant à la scène où le bossu rejoint les Perses, Snyder insiste lourdement, et longtemps, sur le fait que Xerxès lui offre TOUT ce qu'il n'a jamais eu et ne pourrait jamais avoir dans la société eugéniste des Spartiates, où il n'a même pas eu le droit de naître. Le réalisateur ne prend en aucun cas le parti des Spartiates, et se contente de les montrer tels qu'ils étaient - si quelqu'un en a encore quelque chose à foutre, on parle ici d'Histoire, et donc de faits. Traiter les Spartiates de fachos avec 2000 ans d'avance, c'est juste drôle.

Idem, un film pro-Bush qui fait passer les religieux pour "un ramassis de pleutres ?" Il s'est pas relu, j'y crois pas... Même chose, le fait d'évoquer l'homophobie des Spartiates qui moquent le "goût des jeunes garçons" des Athéniens... avant d'évoquer "le traitement outrageusement érotique de ces empoignades entre robustes gaillards en slip de cuir, adeptes de l'épilation intégrale et de l'abdo huilé". Hum, hum.

Je ne prétends pas avoir raison. Je sais juste ce que j'ai vu, et je ne suis pas le seul. Faites-vous un avis, voyez ce film, et concluez ce que bon vous semble. Un peu partout, des gens ressortent le débat archi-rebattu : "un film est-il une œuvre d’art" ? Réponse personnelle : s’il le revendique, oui ; libre à ce type de journalisme d'extraire de belles critiques préchauffées de leur épaisse couche de premier degré bien-pensant. Après tout, si ça leur plaît, et s'il y a quelqu'un pour les lire... Mais il faut croire que m'sieur Bernier n'est pas le gars le plus populaire du net, ces derniers temps.

En fait, il s'agit ici du droit d'être con devant un film con. Sans se faire taxer de crétin de geek, par un critique condescendant ET de mauvaise foi dans son interprétation des quelques maigres symboles exploitables dans ce film. Le but de cette critique était de "casser du Miller" ; qu'il fasse une tribune, personne ne l'en empêche... mais tout ça n'a rien à faire dans une critique ciné.

En fait, 300 est l'un de ces innombrables films - je parle du FILM, donc de Snyder - qui ne prétendent pas offrir autre chose que la forme ; qu'on leur foute une paix royale. Critiquons la forme, dans ce cas. Miller a écrit la BD il y a 10 ans ; le procès d'intention a déjà été réalisé, l'oeuvre reste. Ce qui nous intéresse aujourd'hui, c'est le travail de Snyder. Point barre.

Et il s'avère que malgré pas mal de maladresses (Zack Snyder n’est pas Scorcese) ici, la forme botte le cul à grands coups de rangers cloutées. Tant dans les bastons épiques que dans la noirceur de la photo, qui sert idéalement des décors supervisés par John Bongoût himself. On sent que le budget n'était pas extensible, mais la volonté de rester fidèle au dessin de Miller est là; et comme pour Sin City - dans un autre style, on est d'accord - le résultat est joli comme tout.

Juste un détail pour conclure, qui m'a bien fait rire : aux Etats-Unis, une frange des néoconservateurs s'est déclarée scandalisée par ce film parce que selon eux, les Spartiates représentent le peuple Irakien, et les Perses colonisateurs et attaquant en surnombre représentent les Américains.

Sans commentaire. Ah si : this is spartaaaaa ! Ce qui, finalement, est bien le seul message à retenir de ce film qui assume avec fierté son QI de 27. Et se révèle tout simplement jouissif.

CQFD.



26 mars 2007

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