Journal de la semaine



Lundi 23 février


Oscar posthume pour Heath Ledger. Quel gâchis.

Enfin décidé à briller là où l’on ne l’attendait pas, Heath Ledger semblait à un tournant de sa carrière. Finis les rôles de jeune-premier-beau-gosse, Brokeback Mountain avait révélé son talent pour les rôles de composition. Et à la vue de The Dark Knight, on a tout simplement découvert un grand acteur. Après l’avoir vu endosser le rôle… Pardon, après l’avoir vu être le Joker, on ne pouvait qu'attendre la suite avec fébrilité. Le type venait tout simplement de couvrir Jack Nicholson de ridicule, pensez-donc.

Sauf que. Obsédé par la « performance ultime », Ledger a apparemment pris l'expression au pied de la lettre. Mort à 29 ans, dévoré par la noirceur du rôle qui lui fait aujourd'hui gagner sa toute première distinction majeure...

Tu parles d'une sale blague.









Mardi 24 février


Tout en travaillant, je réécoute un groupe perdu de vue – d'ouïe ? – depuis quelques mois : Converge. Et comme à chacune de nos retrouvailles, je me prends une énorme claque.

Lâchons tout de suite le mot qui fâche : Converge joue du hardcore. Ce n'est pas très présentable. C'est le style de musique, préjugés obligent, dont on ne peut avouer l'écoute qu'aux personnes que l'on connaît depuis un certain bout de temps. Assez longtemps en tout cas pour qu'une vague méfiance ne s'installe pas immédiatement : est-ce qu’après tout, malgré vos airs cordiaux, vous n'avez pas une tête à noyer des chatons le week-end pour assouvir vos instincts les plus vils ?

Tentative – probablement vaine – de réhabilitation. Ne partez pas tout de suite : pour qui ne rechigne pas aux plaisirs un peu extrêmes, le hardcore offre une certaine subtilité.

Pourtant, comment dire ? Converge, c’est un joli foutoir. Le chant n'en est pas un : à la place, un type avec les doigts coincés dans la porte et la voix saturée par un effet bien crade. Histoire de bien montrer que l'instrument principal n'est pas la voix mais la batterie, qui semble mettre un point d'honneur à changer de rythme toutes les vingt secondes. Soudain, un lourd riff de guitare vous plaque au sol, vous suffoquez, et dans la seconde suivante lui répond un riff suraigu qui vous propulse au septième ciel. Puis sans prévenir, arrive une nappe de calme, la voix s’adoucit pour délivrer une mélodie fragile et épurée… Surviennent deux interminables secondes de silence pendant laquelle on redoute vaguement la prochaine charge de bulldozers, et joie ! On en reprend plein la figure pendant une bonne minute. Pas de couplets, pas de refrains… Il faut bien trois ou quatre écoutes pour appréhender un morceau.

Converge est imprévisible, exigeant, plein de récompenses pour qui prend la peine d'y prêter l'oreille. C'est la vie, la rage toujours intacte de continuer son chemin, de presser les moments les plus insignifiants et parfois les moins agréables pour en tirer quelque chose de positif, d’apprécier à leur juste valeur les moments de calme et de sérénité, pour avancer sans amertume et sans regrets.

C'est ce que hurle son chanteur avec une énergie à s'en décoller la rate. La première fois, on est surpris lorsque l'on prend la peine de déchiffrer les paroles :

« I need you to be the hope of hearts who lost true love, the might of their first kiss... I need a purpose and I need a reason, I need to know that there is trophy and meaning. To all that we lose and all we fight for, to all our loves and our wars... Keep breathing, keep living, keep searching, keep bleeding, keep healing, keep shining on... This is for the hearts still beating... beating... beating. »

Ce n’est pas la violence qui s’exprime chez Converge, mais la rage de vivre. Vive la vie, merde à la mort.

Comme au bon vieux temps de mes années métalleuses, un sourire rageur barre mon visage, je ferme les yeux, lève le poing bien haut, tout seul dans mon salon. Pour le coup, j'ai l’air d’un crétin fini, et je m’en moque. Je savoure.









Mercredi 25 février


Yannick Miel se fait embaucher après avoir joué les hommes-sandwich. Et par Martin Hirsch, s’il vous plaît. Yannick pourra désormais toucher un bon gros salaire pour siéger dans une commission « chargée d’étudier les possibilités d’embauche pour les jeunes diplômés ». Ce qu’en des termes éminemment techniques, on a tendance à appeler un machin.

Quel geste fort de la part de Martin Hirsch, quel beau symbole... Vous avez vu ? Pour réussir, il suffit d’un peu de bonne volonté. Et accessoirement de polluer l’espace médiatique avec un buzz qui ne s’encombre pas du sens du ridicule. Puis de s’humilier publiquement sur le parvis de la Défense au milieu de centaines d’encostardés rigolards. Mignonne comme tout, cette histoire. Un vrai petit conte de fée libéral.









Jeudi 25 février


Journée de reportage radio. Si la révélation d’une vocation dans ce domaine doit me tomber un jour sur le coin de la figure, ce n’était pas pour aujourd’hui.

Sujet simple sur le papier : recueillir des réactions de bénévoles à l’élection de Miss SDF, lancée il y a deux semaines en Belgique. Finger in the nose, ai-je pensé en décrochant le téléphone. Alors que non. Pas finger in the nose du tout. Très rapidement, je me suis rangé pas mal de mes belles illusions sous le bras.

Parler dans un micro, même à titre personnel, de façon anonyme et pour un usage interne à l'école, cela nécessite l'aval du sacro-saint service de com’. Dix demandes, dix refus, réclamant un délai d'une semaine minimum. Pour interroger un bénévole durant trente secondes à côté de la machine à café, avais-je précisé. Rien à faire.

De toute façon, lors de mes interviews radios, j’ai souvent l’impression de faire du sale travail. Je ne regarde pas assez mon interlocuteur. Je l'avoue : obnubilé que je suis par l'aspect technique, son point de vue, sur le moment, je m'en tamponne un peu. Tant que ses phrases sont courtes, intelligibles et que sa voix tapote dans le rouge sans trop y entrer, ça me va parfaitement. Je souris et je dis au revoir en pensant qu'il tirerait une drôle de tête s'il savait que je ne garderai que 15 secondes de son histoire, tronquée à mort pour les besoins du format…

Mince, rien à faire : je préfère décidément la presse écrite. Ces interviews le carnet à la main, ces bavardages avec un interlocuteur qui sent que le sujet finit par vous intéresser depuis le temps que vous vous décarcassez pour essayer d'y comprendre quelque chose. On ne fait pas répéter les gens. Leur diction est parfaitement abominable ? Un tic de langage vient polluer la moitié de leurs phrases ? Ils s'expriment de façon trop familière pour être cités tel-quel ? Eh bien, ce n’est pas très grave. Au journaliste de remettre les choses en forme… Tant que l'info est là, on n'en fait pas une attaque. Ca tombe bien, c’est elle qui m’intéresse.









Vendredi 26 février


Paris Saint-Germain 2 – Wolfsburg 0. Paris a un pied en 8e de finale de la coupe UEFA.

Alors là, non. Ca ne va plus du tout. Je veux qu'on me rende mon équipe.

Je cache un vice inavouable : je supporte le PSG. Plaisir coupable, fait de matchs nuls au Parc des Princes contre les promus, de glorieux 1-0 avec but du genou d'un attaquant asthmatique qui partira au Qatar pour une bouchée de pain la saison prochaine, de grèves de supporters, de ventre mou du championnat...

Sauf cette année. C’est à n’y rien comprendre. Paris a connu un démarrage de saison difficile. Or traditionnellement, la machine a tendance à démarrer fort avant de caler au milieu de la côte. C'est pourquoi nous avons commencé l'année de manière détendue : c'était bon, on allait enfin se la ramasser, cette descente en Ligue 2 qui nous pendait au nez depuis déjà trois saisons... Finis le stress et l'indécision : cette année, c'était clair, on allait se vautrer avec majesté devant la France entière.

Et il s'est passé quelque chose d'étrange, qui nous met un peu mal à l'aise : le PSG gagne ses matchs. Les supporters des autres équipes ne nous chambrent plus. Finies, les railleries systématiques envers les joueurs parisiens et leurs supporters… Ca finit par nous manquer. Pire encore : dans une conversation à quatre bières du soir, un supporter lensois – oui, lensois ! – s’est même laissé aller à me complimenter sur l’état d’esprit de l’équipe.

Ca suffit maintenant. Un PSG presque populaire, ce n’est plus le PSG. Il manque une saveur à ce plat, d’habitude si épicé… Il nous faut une nouvelle polémique, une nouvelle banderole, un nouveau pénalty bidon, je ne sais pas moi, le club se débrouillera très bien pour trouver quelque chose, c’est sa spécialité après tout… Faites un effort les gars. Ca ne peut plus durer, cette ambiance devient franchement malsaine.














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