"Buck est donc unique en son genre : c'est le tout premier performer érotique transexuel bi femme devenue homme !"
Je sais pas comment ils font à NRJ 12, mais ils sont tout simplement imbattables ces derniers temps.
Acheter le journal : 1 euro 30.
1 pain au chocolat version Nennen-pour-nous-les-gnomes + 1 canette de coca chez Paul parce c'est la seule boulangerie sur le trajet, qu'on a une dalle dantesque et le bide retourné par un début de gastro : 3 euros 80.
2 tickets de métro, 2 tickets de bus : 5 euros 20.
Aller se paumer au petit jour dans la banlieue de Villeneuve d'Ascq (s'il vous plaît), se les peler 10 minutes en remontant la Nationale, arriver enfin devant le bâtiment, s'envoyer un immonde café-machine tiédasse puis un Mars pour faire passer le goût : 1 euro 50.
Flipper pendant 20 minutes devant la salle, prendre 15 ans et autant de cheveux blancs en pressant les touches d'une main tremblante pendant un exam qui semble interminable, se dire que de toute façon on va forcément se planter puisque cette !@ de lentille droite vous déchire l'oeil et vous oblige à le fermer les 3/4 du temps pour distinguer les images, poireauter pendant 10 minutes longues comme des siècles parce qu'on est 57ème sur 60 dans la liste de récupération des résultats, obtenir son code à la première tentative alors qu'on était à 3 jours de la limite fatale qui aurait vu l'auto-école vous soutirer 290 euros supplémentaires pour une réinscription aux cours :
Oh putaaaaain ! ça n'a pas de prix.
19/01/2010
4 heures du matin, teuf à domicile. 50-60 personnes dans l'appart, des flaques de vin dans les couloirs, des verres qui se renversent sur le tapis, les voisins du dessous qui menacent d'appeler les flics. Mais ça va, ça va. Faut dire que je suis complètement l'ambiance est très bonne.
Non mais là, j'ai juste un souci. Qui l'a invité, lui ?
« Attends, je veux dire, vous êtes journalistes, c'est très bien, j'suis d'accord. Mais ça va moi tu sais, j'ai pas à me plaindre... Je veux dire, j'suis commercial, j'suis dans les pompes à eau, et ça marche à bloc pour moi, je gagne super bien ma vie... Je veux dire, j'ai 28 ans, je bosse dans une boîte de 1100 personnes, et j'ai quand même ZE Mégane de fonction avec les jantes alus quoi... »
Pas de soirée réussie sans un commercial bourré dans un coin de la cuisine. C'est vrai qu'il manquait un truc.
Gare du Nord. Le Paris-Lille part à 8h30 pile, pas une minute de plus.
Il arrive en courant sur le quai, un gros sac à la main. A voir sa tête, ça fait un bon moment qu'il crache ses poumons, probablement depuis sa descente du métro. Il tente de taper le sprint de sa vie, arborant vaguement l'expression de la biche innocente coursée par une meute d'épagneuls shootés à mort par l'odeur du sang de la bête blessée, tandis que les cavaliers tirent lentement leur sabre de leur fourreau avec un rictus vicelard au coin des lèvres, que le souffle puissant du cor emplit le sous-bois dans la brume matinale que transpercent à peine quelques rais de lumière mordorée se reflétant sur les quelques gouttes de rosée qui perlent encore sur les fines aiguilles des altiers séquoias tricentenaires et que bon, bref, elle va prendre cher, la biche.
Il perd de la vitesse. Mais la lueur de l'instinct de survie éclaire toujours ses yeux mi-clos, sa mâchoire est contractée, quelques veines saillent sur ses tempes écarlates et luisantes. Il ne lâchera pas. Pas maintenant, alors que la victoire est si proche...
Enfin, il parvient au niveau de la porte. Il jette son sac, gravit péniblement le marche-pied, s'effondre sur un strapontin et souffle un grand coup, comme si ses nerfs allaient lâcher sous le poids de l'émotion.
Eh mais, mec. Mais qu'est-ce que... Mais pourquoi tu...
Je veux dire, il est 8 heures VINGT, bordel.
BENOÎÎÎÎÎÎÎÎT !
Réquisition. Ramène tout de suite ton temps de cerveau disponible chez moi, je crois que j'en tiens un très beau.
PS : Oublie pas la bière.
PS2 : De la Trois Monts, si tu trouves.
PS3 : Naaaaan, oublie la Trois Monts. Fais péter la Kasteel 12 degrés finalement, on risque d'en avoir besoin pour ce... ce truc.
16/01/2010
Ma coloc' joue du piano. Je fume une cigarette, tranquillement vautré dans un fauteuil. Et j'écoute. 18 ans de pratique, autant dire qu'elle assure.
Quand elle joue, c'est quelque chose. Une fragile délicatesse mêlée à la volonté farouche d'en découdre, un combat à l'issue sans cesse repoussée, toujours au bord de la rupture.
Certains jouent le buste droit, sûrs de leur fait, le poignet négligemment plié et les épaules fixes. Pas elle. Elle engage toutes ses forces dans la bataille : sa vie en dépend. Chaque seconde est une victoire. Ses épaules suivent le mouvement de ses mains, comme si elle esquivait les attaques d'un ennemi imposant, qui pourrait la balayer d'un instant à l'autre. Son regard est en alerte, souvent teinté d'une lueur d'hésitation. Elle donne le change, met un point d'honneur à parvenir au bout. Comme d'habitude, elle y arrivera. Et comme d'habitude, en abaissant le clapet, elle se plaindra gentiment en affirmant qu'elle régresse.
Il y a une partie d'elle qui n'appartient qu'à ces instants, une affaire entre elle et cet instrument qu'elle respecte autant qu'elle le défie. Et cette alchimie donne lieu à de purs moments de grâce où le temps semble suspendu, où les personnes présentes dans la pièce ne peuvent que se taire et se laisser toucher au coeur par cette énergie du désespoir, cette émotion brute qui les...
Elle manque une note.
« - Putaiiiiin, sa race maudite ! »
Ouais, bon. C'est un peu ça le problème avec les instants de grâce, c'est que ça ne dure qu'un temps.
07/01/2010
Mon épicier parisien, le 20 décembre. Je ne l'avais pas vu depuis des mois... Il m'accueille à bras ouverts.
« Boooooonjour monsieur ! Vous êtes de retour pour la Noël alors ? Une bonne année, une bonne santé... Qu'est-ce que c'est qu'il vous faut pour aujourd'hui ? »
« Ah ben, je me demandais juste si vous n'aviez pas un peu de piment d'Espellete. »
Il répond que non. Qu' il a bien du poivre sinon, mais que c'est tout. Je dis que c'est pas grave, la bonne année tout ça, puis le salue et me dirige tranquillement vers la porte.
« Excusez-moi... Monsieur ? N***, c'est bien ça ? »
Il plonge la main sous le comptoir. Oh non... l'enfoiré... Il sort une énorrrme pile de tickets de caisse, et les épluche consciencieusement pendant quelques secondes, avant de brandir LE ticket avec un grand sourire. Il ne va quand même pas oser ?
« Ca fera trente-cinq centimes, s'il vous plaît. »
Il ose. L'air de rien, je jette un coup d'oeil sur le ticket : 29/08/09.
Im-bai-sable.
31/12/09
2010, nous voilà. Tartagueule.
Pas de promesses sur la durée cette fois-ci, pour mon énième retour. Mais j'ai quelques brèves en réserve, dont deux ci-dessous, alors restez dans le coin. Au passage, bonne année tout le monde... Qu'elle soit pleine de chatons, de fleurs et de sushis avocat-saumon livrés à domicile avec une Tsing Tao gratuite.
PS : Je m'apprête à bouger au réveillon. Et là, sur I Télé, il y a un chauve très rigolo du service d'alcoologie de l'hôpital de Beaujon qui explique que pour éviter la gueule de bois, il faut se limiter à un verre par heure, et ne SURTOUT PAS en boire plus de 5 au total. Je vous transmets le conseil pour ce soir, vous saurez en faire bon usage.
(30 août 2009. Dernier jour de stage à Nantes)
Saaaaaaaaalope.
Et elle fait genre je la vois pas, en plus. Tranquille, dans le coin de la pièce, l’air de rien. Alors qu’on ne voit qu’elle, énorme comme elle est.
Mon dernier soir à Nantes, tu parles d’un cadeau d’adieu. En soi, rien de grave. Ce sera oublié demain. Mais pour l'instant, je m'apprête à passer un moment de merde. D'ailleurs, il va falloir que je finisse par me décider au lieu de rester là à scotcher, j'aggrave plus le mal qu'autre chose.
Y en a, c’est le vide. D’autres, la foule, d’autres les ascenseurs... Moi, c’est les araignées.
Ouais bon ça va, ça va. C’est PAS drôle, je vous dis. C’est une phobie comme une autre, et au fond, c’est quand même un peu moins stupide que d’avoir peur de… de…
Bon d’accord. J’avoue, je dois pas avoir très malin là tout de suite, les poings serrés, les machoires crispées et le regard braqué sur celle qui vient de s’introduire dans ma piaule et se prélasse dans l’angle entre le mur et le plafond.
Sérieusement, j’ai jamais vu un monstre pareil. Un corps de 3 ou 4 centimètres de long, poilu à souhait, tout simplement ignoble. Et avec ses pattes interminables, elle atteint 8 centimètres de diamètre, mais alors bien à l’aise. Je vous dis, vous feriez moins les malins à ma place.
Je dois la jouer rapide. Si elle crève sans avoir pu bouger, je garderai sans doute quelques miettes de ma fragile santé mentale. Mes deux derniers neurones en activité enclenchent la vision Terminator. Evaluation de l'environnement : enclenchée.
- Dernier numéro du Nouvel Obs ?
Bip-bip-bip, signal rouge. Portée insuffisante jusqu’au plafond. Distance trop réduite avec la cible.
Je le lance en direction de l'infâme. C'est un échec cuisant, la faute à l'angle entre le mur et le plafond. Deuxième, troisième tentative... Enfin, elle chute. Mais elle commence à péter un câble en tournant en rond au milieu de ma chambre. Irrationnelle et monstrueuse trouille oblige, hors de question de retourner chercher mon arme à l'autre bout de la pièce.
Nouveau coup d'oeil, bibiiiiiiiiip...
Boîte de jeu « Les aventures de Dora l'exploratrice », encore sous plastique, rocket engaged. Bien 2 ou 3 kilos ce machin, exactement ce qu'il me faut. Allez. Le bon timing... Encore un peu... Lààà, presque...
Et BAM.
Il y a des moments qui se savourent. Je roule ma clope tranquillement, pleinement conscient du ridicule de la situation. Mais alors pleinement, totalement, déraisonnablement heureux.
Note personnelle : penser à me faire soigner chez un thérapeute comportementaliste, à un peu plus de 100 euros la séance, pour qu'il me fasse grimper de gros monstres dégueulasses sur l'avant-bras une fois par semaine jusqu'à ce que je finisse par en redemander, éperdu d'amour pour ces adorables bestioles.
Ou alors non. Vivre en centre-ville, loin de tout jardin public où la nature – cette relou – n'hésite pas à venir se taper l'incruste, éviter le rez-de-chaussée, ne jamais se coucher sans une bombe d'insecticide à portée de la main, et enfin, toujours vérifier les angles du plafond avant d'éteindre la lumière ; le tout, bien évidemment, jusqu'à la fin de ma vie. Voiiiiilà. Ca me paraît beaucoup plus sain comme programme, je commence dès ce soir.
(le 16 décembre, Lille)
Ô toi promesse d'azur, dans cette lumière blafarde !
Au détour de l'allée, je tombai sous ton charme
Il suffit d'un instant, et je baissai ma garde
Terrassé, à genoux, je déposai les armes...
Tes courbes apaisantes, ton galbe généreux
Mon regard fatigué très vite s'en fit l'esclave
Oeuvre d'art insensée, dessinée par les dieux
Pour l'émoi de l'esthète et le repos des braves
Rien ne m'importait plus que notre douce idylle
Ô toi bonheur soudain, promesse d'une trêve
Avec le spleen qui pave les sombres rues de Lille
Et ce vent infernal qui balaie nos doux rêves.
Mais le ciel, implacable, exécrait nos desseins
Des projets divins, nous voulions fuir la trame
Soustraire notre bonheur à l'emprise du destin
Hélas ! C'est à la caisse que se noua le drame
Tu étais allongée sur ce long tapis noir
Je te saisis soudain, fougueux et passionné
Mais l'euphorie, bientôt, fit place au désespoir
Mes mains moites et tremblantes te laissèrent échapper
Fragile petite bouteille, le choc te fut fatal
Tu explosas soudain au contact des dalles
En milliers de morceaux, tout comme le fit mon coeur
Ne restait que la foule pour rire de mon malheur
Tu n'es plus qu'un ruisseau s'écoulant sur le sol
Auquel se mêlent mes larmes, petite Cuvée des Trolls.