Grand' place de Lille. Deux filles d'environ 16 ans en pleine discussion. Look soigné, un peu Paris 16, mais gentilles.
« - Et ça se passe bien alors, avec Romain ? »
« - Mmmouais. Ca va, ça va. »
« - Pas plus que ça ? »
« - Ben il est super gentil tu vois... mais je sais pas, il fait des trucs bizarres quand même. »
« - Ah ouais, genre ? »
« - Ben... genre quand on s'embrasse, après on reste comme ça, on se regarde... Et à chaque fois, quand je lui demande si il m'aime... Ben à chaque fois il reste deux secondes sans rien dire, il lâche un énôôôrme molard par terre, et après il me répond « Ouais ouais, t'inquiète ». Mais à chaque fois, quoi... »
Arrivée à la gare du Nord. Le jazz de Mingus dans les oreilles. Je suis dans ma bulle. C'est les vacances, après tout. J'ai touuut mon temps. Si les passagers tiennent absolument à tous se masser entre les wagons pour sortir parmi les premiers, c'est bien eux que ça regarde. Je reste assis, sourire crétin aux lèvres.
Je marche pépère sur le quai. Descends les escaliers pour rejoindre les couloirs du métro. Le saxophone me berce, je ne pense strictement à rien, immergé dans une cotonneuse et lénifiante sérénité. Et tous ces gens qui me dépassent et courent vers les distributeurs de tickets... Vaquez, vaquez mes braves. Je flotte, dé-ten-du, en lévitation au milieu de tout ce stress et de cette agitation. Je me sens léger, si léger...
Oh putain. Ma valise.
Volte-face, slalom au milieu de la foule, coups d'épaules, protestations, hop sur la droite, feinte à gauche, cadrage-débordement, j'aperçois l'escalier menant au quai, marches quatre à quatre, je débouche sur le quai, ma voiture là-bas tout au bout, gros sprint dans la dernière ligne droite, irruption dans le wagon, elle est là, oh putain oui, elle est toujours là.
Je reprends mon souffle sur le quai. Ca m'a réveillé tout ça. Mingus ? Mmmmouais, on verra plus tard. Hop hop hop, Gorod, Rusty nails attack. Ca bastonne sec, Sandrine-la-batteuse-aux-huit-bras m'envoie en pleine tronche son groove aux allures d'un 38-tonnes lancé sur l'autoroute. Boosté à mort, je retourne au pas de course vers le métro. Direction les potes. Rien n'a changé ici... Les gens tirent la gueule. Les couloirs sentent la crasse. La ligne 4 est bondée. Mais sans vraiment savoir pourquoi, je kiffe.
Mince. Ca me manquait Paris en fait.
12/11/08
Non mais sérieusement. De vous à moi. Windows Vista, là, c'est pas le mec le plus lourd au monde ?
" - Eh copain ! T'es sûr que tu veux traverser la rue ? Fais attention, il peut y avoir des voitures tu sais ! "
" - Euh merci, c'est gentil. Mais tu vois, là, y a pas de voiture. Ca sert à rien ce que tu me dis, en fait."
" - Ahhh, d'accord... Mais t'es vraiment sûr de vouloir traverser ? Tu sais, parfois il peut y avoir des... "
" - Eh mais... t'es cramé ou quoi ? Je te dis, y a paaaaas de voiture. Allez, on traverse et puis c'est marre. "
" - Non mais tu sais, je dis ça c'est pour ton bien, c'est juste que parfois, eh ben y a des voitures et euh, les voitures, ben c'est dangereux quand on traverse. "
(Bref silence)
" - Oh là lààààà ! Mais qu'est-ce que tu fais ? Tu allumes une cigarette ? "
" - Mmmmh, ouais. Et comment dire, mmmh... arrête un peu, c'est usant. "
" - Mais t'es sûr ? C'est bien toi qui as voulu effectuer cette action ? "
" - Eh mais mec, t'es sous crack ou quoi ? C'est impressionnant, tu te rends pas compte mon gars. C'est pas possible, t'es pas tout le temps comme ça quand même... "
" - Je n'ai pas compris ta réponse. Es-tu vraiment sûr de vouloir allumer cette cigarette ? Sache que tout changement apporté à ton paquet ne pourra plus être modifié. "
" - Oh là lààààà, eh mais tu... Tu sais quoi, lâche l'affaire. Oublie-moi un peu. Eh mais, qu'est-ce que tu... Mais rends-moi ma clope abruti ! "
" - Hop ! Caniveau. Danger potentiel pour la santé détecté. Tu devrais me remercier pour cette mesure préventive. T'as vu, je veille à ta sécurité... Je suis un super pote, pas vrai ? "
" - Oh putain, comment tu lourdes. Je le crois pas comment tu lourdes. Bon, ferme-là deux secondes si tu y arrives, faut que j'écoute un message."
" - Ho là là ! Mais qu'est-ce que tu fais, tu sors ton portable ? Mais t'es pas bien mon ami ! Tu sais que si tu réponds au téléphone alors que tu es au volant, tu risques de... "
" - On est à pied, boulet. "
" - Ah ben là oui, bien sûr, mais si on était en voiture ce serait super dangereux ! Non franchement je peux pas te laisser faire ça, est-ce que tu as pensé deux secondes à tous ces... "
" - maiiiiis taaaaa gueuuuuuuuuule ! "
Ca aura duré trois semaines, trois semaines de trop. Hop hop hop, tu dégages.
(octobre 2008)
Endless shitty night
Le destin est un gros vicelard. Je venais en effet de fêter ma dernière nuit de parisien, après avoir vécu dans cette ville pendant 24 ans ; direction Lille, pour les deux années à venir. La soirée avait été très bonne.
Mais popopop. Je vais vous raconter tout ça dans l'ordre. Un épisode que j'ai forcément assez mal vécu sur le moment, tout en me doutant qu'il me ferait bien rire quelques semaines plus tard. Attends, attends un peu ami jeune, que je te narre cette soirée un tout petit peu mémorable, co-starring un pote.
18h. Rendez-vous dans le bar où travaille Frank, à Neuilly. Je dis au revoir à Julien et Lise, qui sont gentiment passé. Laurent et Alexeï me rejoignent. Trois bières. Rien de méchant.
22h. Restaurant le Cana’Bar (c’est trop bon, c’est rue Raymond Losserand - Paris 14, fonce, jeune). Nous retrouvons Max et Luc, Hadrien arrive plus tard. Par personne : une demi-bouteille de rouge + deux bières + un cocktail bien sympathique, le THC (Tequila – Hydromel – Champagne). Pfffiou, ça commence à aller pas mal. Bonne ambiance.
Minuit. Tout l’monde chez Luc. Un litre de bière par personne, pas plus. Biiiiip et moi partons à 3h30, l’alcool a bien eu le temps de redescendre.
Bref. Tout ça pour dire que mince, on n’était pas si bourrés que ça. On marchait droit. On ne parlait même pas fort. Hop, borne vélib’. Je me dis que je ne vais pas avoir trop le temps de dormir : je me lève à 6h30 le lendemain pour faire le trajet vers Lille avec mes parents, histoire de finir quelques travaux dans l’appartement avec mon père, fêter mon installation en famille à coup de bières locales.
Eh bien avec le recul, même 2h30 de sommeil, ça n’aurait pas été de refus.
Ta-ta-ta-taaaaaaaaan.
Nous traversons la place Denfert-Rochereau sans griller le moindre feu. Pas la moindre infraction. Que dalle. Nous passons devant la gare RER et montons sur le trottoir pour nous engager boulevard Auguste Blanqui. Pas un chat. Le trottoir fait bien 12 mètres de large sur cette portion. Nous comptons nous séparer à la prochaine intersection, 50 mètres en contrebas, et roulons au ralenti. Nous ne parlons pas spécialement fort.
Dans ma tête, le moment est particulier. Un peu d’émotion. Je viens de dire au revoir à mes potes de douze ans, mince, c’est pas rien. Je ne fais pas de hiérarchie à la con, vous le savez bien, mais mince, c’est quand même pas rien. Je m’apprête à checker le dernier d’entre eux, à lui taper dans le dos, à bientôt mec, porte-toi bien, ce genre de truc. Bref. Je revois la soirée en me promettant de ne pas l’oublier. Nous avons à peine roulé 10 mètres sur le trottoir.
« Shcrrriiiiiiiiiiiiic ». Police. Clac. Ils sont trois.
« - Boooonsoir messieurs… Vous n’avez rien de dangereux sur vous ? »
Oh, ben ça tombe bien. Ce qu’ils cherchent en réalité, j’en ai pas la moindre miette. Allez, ma dernière fouille à la gueule à Paris. Je savoure. J’ouvre mon sac, je lève les bras, je vide mes poches... Et là, l’accident bête : l’espace de quelques microsecondes, je souris.
Qu’est-ce que j’avais pas fait.
Ca dure cinq minutes. Mon pote et moi nous apprêtons à leur souhaiter une bonne soirée avant de reprendre la route. Comme tellement de fois. Combien de fois suis-je passé par ce trottoir en vélo ? Des dizaines ? Des centaines peut-être, après toutes ces années… Un hasard très mal intentionné a voulu que ce soir-là, ce soit la mauvaise. Et au passage, faites gaffe : ça nous est arrivé, et ça peut donc tout à fait vous arriver. Y a pas de raison.
Mon pote et moi remettons notre sac sur le dos, prêts à partir.
« Hop hop hop, vous attendez, là. On va vérifier votre état. »
Le chef de meute est tout simplement flippant. Le crâne rasé, le front bas, le regard teigneux, une moue de toute-puissance martiale et d’autosatisfaction. Ca sent le recalé de la Légion Etrangère à plein nez.
Le collègue ramène deux alcootests. Carrément. Nous soufflons. Deux loupiotes vertes, waaah, le scoop du siècle à trois heures et demie du matin. Et pourtant, le mec nous les brandit sous le nez avec un regard triomphal, comme s'il venait de déjouer le complot franc-maçonnique séculaire à lui tout seul.
Qu’est-ce que vous voulez répondre à ça ? Effarés par la situation, nous restons bouche bée. Mon pote et moi nous regardons brièvement. Comment ça va finir cette histoire ? Ils vont nous confisquer les vélos et nous faire rentrer à pied ? Au pire, une amende bien salée histoire de nous pourrir la soirée ?
Oh, si seulement ça s’était arrêté là… Mais le petit chef sort son talkie :
« Ouais, on en a deux là, on les emmène. »
Hein, mais que ? Que quoi ? Qu’est-ce qu’ouis-je ?
La fourgonnette arrive. Poussés sans ménagement à l'arrière. Nous arrivons au commissariat du 14e quelques minutes plus tard. Pendant le trajet nous protestons vaguement, sans énervement, plus abasourdis qu’autre chose.
A partir de là, les indications de temps vont devenir très approximatives, puisque nos affaires personnelles - et donc notamment nos portables - nous sont rapidement confisquées.
Environ une heure sur une chaise, au milieu du hall, sans que personne ne nous accorde la parole. Les flics vont et viennent autour de nous, certains paraissent pourtant désoeuvrés. Tout le monde s’en fout.
Puis quelqu’un nous déplace… de cinq mètres, dans une espèce de salle d’attente. Un gars arrive, nous fait monter l’un après l’autre pour vérifier notre taux. Je tape 0,59 au souffle. Mon pote atteint 0,58. Le score du siècle, quoi.
Nous redescendons. Un quart d’heure de plus à rien faire. Nous pensons toujours sortir avant la fin de la nuit. En soi, là où on en est, je m'en tape façon. Le gros problème, c’est que dans deux heures ma mère va trouver mon lit vide. Même chose, c'est pas grave en soi. Sauf qu'on est censés partir avec la camionnette de déménagement, je n'avais donc aucune raison de passer toute la nuit dehors.
Et la situation craint pas mal. Elle sait bien entendu que j’ai fêté mon départ cette nuit et va penser que je me la suis mise dix fois plus que je ne l’ai fait en réalité. Elle va appeler mes potes, qu’elle connaît bien : tout ce qu’il pourront lui dire, c’est qu’ils m’ont quitté à trois heures du matin alors que je m’apprêtais à rentrer. Quinze contre un qu'elle va paniquer et appeler des hôpitaux où je ne serai pas. Tout ça alors que je suis à vingt minutes de chez moi, à pied. Mais qu’est-ce que je fous là ?
Je me lève et demande avec mille précautions et petits oiseaux dans la voix au planton s’il peut juste avertir ma famille. Je lui explique brièvement la situation.
« Non monsieur. Vous êtes alcoolisé, c’est la procédure. Vous n’avez pas le droit de contacter un tiers. »
Le mec anone sa leçon, le regard vide. Je lâche l’affaire en me disant que les choses vont bien finir par se décanter, que ce sera bon avec le prochain flic qui passera, qu’ils ne trimballent pas tous forcément une couche pareille.
P’tit Chef vient chercher mon pote, ils disparaissent dans une autre pièce. Le planton change. Plus grand, plus baraque. Pas l'air bien plus éveillé, le front très bas. Bon allez, j’ai rien à perdre, je tente le coup, d’autant qu’il doit bien être 5h30. Je me relève, mais reste dans la cellule dont la porte est ouverte. Je pose la même requête, de la même façon. Et j’ai droit à la même réponse, mot pour mot. Mais alors mot pour mot.
Je redemande d’une façon, disons, plus simple. Toujours très calme. En évoquant le fait qu’elle va contacter les hôpitaux, me croire en sang dans un caniveau, alors que bon quand même, j’ai juste roulé quelques mètres à vélo après avoir fêté ma dernière nuit à Paris. Je lui dis que s’il le veut, il peut vérifier que je pars bien demain, que je n’ai aucun intérêt à lui raconter des salades.
Même réponse. Je désespère un peu, je voudrais juste que quelqu’un fasse autre chose dans ce putain de commissariat que réciter un code de procédure sans même prendre la peine de changer l’ordre des mots. Du coup, j’implore presque, parce que je ne vais pas rester là les bras croisés comme un con. Je lui dis que je ne veux pas faire d’histoire, et que je ne lui demandes pas grand-chose après tout. Qu'après je fermerai ma gueule, garanti.
Silence assourdissant. Le mec ne me regarde même pas. La question qui me brûle les lèvres finit par sortir : « Mais pourquoi vous faites ça ? C'est quoi la logique de votre truc en fait ? »
Le mec se tourne en un quart de seconde et fait trois gigantesques pas vers moi en sortant à moitié sa matraque avec un regard de machine. Je flippe MA RACE.
« Tu t’assieds. Tu fermes ta gueule et tu t’assieds. »
Oh putain, je m’assieds. J’ai la mâchoire tremblante. Ces mecs ne sont pas payés pour raisonner. Pas pour écouter. Ils appliquent la procédure, et quand un obstacle se présente, ils tapent. Certains d'entre vous hocheront sans doute la tête en pensant que je suis bien naïf, et que c'est de toute façon une évidence ; mais le vivre, le sentir vraiment et devoir s'y résoudre, je vous garantis que c'est autrement plus marquant que d'en entendre parler du fond de son canapé.
Quelques minutes plus tard, mon pote revient. Je sors à mon tour. P’tit Chef me fait mettre en caleçon. C’est à peine s’il fouille mes fringues : l’intérêt n’est bien sûr pas là. Je ferme ma gueule. Je suis maté. Là, il est content. Là, il savoure.
Je reviens dans la même salle que mon pote, sur ce banc où l’on a bien sûr pas la place de s’allonger pour espérer grappiller quelques minutes de sommeil.
« Hé mais mec, tu leur as dit quoi ? Ils m’ont dit ouais, c’est un chaud votre copain, c’est une tête brûlée, il devrait pas s’exciter comme ça… »
Nous sommes trèèèès fatigués. Quand j’apprends de mon pote comment nos cerbères ont résumé mes deux basses requêtes implorantes, je vous jure que je manque de hurler.
Peut-être un quart d’heure un plus tard ? Planton n°2, aka l’Homme-machine, vient nous chercher. Ah enfin, on va lâcher notre déposition, et pouvoir se barrer d’ici. Pardon, les mains dans le dos ? Clac, clac. Il vient de nous passer les menottes. Sans dire un mot malgré nos protestations, il nous emmène vers la sortie.
Fourgonnette, one again. Deux personnes à l’avant, deux à l’arrière avec nous. Quatre flics, c’est bien le minimum pour maîtriser deux dangereux criminels tels que nous : une bête paire de menottes ne saurait nous stopper dans notre soif sanguinaire. Nous demandons, avec des mots bien choisis, pourquoi ; où nous allons ; combien de temps le délire va durer.
Pas de réponse. Une fliquette en face de nous regarde au-dessus de notre tête, fixement, sans la moindre expression. Comme si elle n’était pas là. Personne ne parle. Je repense à la raison pour laquelle nous sommes là. Mais que ce soit dans le temps ou dans les proportions, tout cela est tellement loin…
Nous arrivons devant l’hôpital St Jacques. Mon pote, à voix haute : « Mec, ils nous emmènent chez les dingues ! » Je repense à « Très bien, merci » (très bon film avec Gilbert Melki que je compte bien revoir un de ces jours avec mon compagnon de galère), et je vous mentirais si je vous disais que la flippe ne monte pas encore d’un cran.
Nous sommes débarqués. « Nous allons procéder à la vérification selon laquelle vous êtes aptes médicalement à la rétention ». Waw, ça cause la France. On nous amène devant deux infirmières et un médecin. Ils se foutent éperdument de savoir ce que nous faisons là. Re-alcootest. Thermomètre dans la bouche. Broche au bout du doigt. Silence total dans la pièce. Niveau humiliation, ça y est, j'ai eu mon quota. Histoire de ne pas l'oublier, je me répète mentalement que je n’ai tué personne. La fatigue joue son rôle, les gars le savent bien et attendent qu'on craque. Hors de question de leur faire ce plaisir.
Fourgonnette, menottes, retour au commissariat du 14e. Molle protestation sur le chemin. Le conducteur s’énerve : « Vous vous rendez compte, les propos que vous dites (sic) ?
Ca suffit hein ! Si, euh, vous faisiez pas des conneries hein, eh, ben, vous seriez pas là ! Alors vous vous taisez maintenant ! »
Re-salle d’attente. Coma sur le banc trop étroit.
Au bout de quelques temps, mon pote et moi sommes séparés. Nous avons chacun fini la nuit dans un commissariat différent ; je recoupe avec ce qu’il a appris de son côté.
Mon pote, donc, est menotté et conduit au commissariat du 9e. Il tombe sur des flics sympas, qui lui offrent le café et gardent la porte de sa cellule ouverte pour discuter. C’est grâce à eux que nous savons POURQUOI.
Tout d’abord, ils ne croient pas à son récit. « Et ils vous ont emmenés ? Arrête… Vous les avez insultés ? Non ? C’est pas possible ton histoire… (silence) Oh mais ! J’suis bête, on est le 30(septembre), pas vrai ? Eh ben voilà. Eh ben voilà. Le 30, c’est le jour du mois où les commissariats doivent transmettre leurs statistiques au ministère. Plus on a de GAV, mieux on est notés. Alors forcément, le 30 on arrondit. On ramasse tout ce qui se présente… vous avez pas de chance les gars. »
Pas de chance, ouais. On peut le dire comme ça.
Je n’ai croisé mon pote qu’à 10h00, à mon retour du commissariat des Invalides, alors qu’il avait fini sa déposition et récupéré ses affaires. Je ne suis sorti qu’1h30 plus tard. Je suis tenté de penser que c’était uniquement pour m’emmerder, après mes deux inqualifiables rébellions du milieu de la nuit.
Mais revenons brièvement à ma nuit aux Invalides. Je poireaute un quart d'heure en arrivant au commissariat, les menottes au poignet. Je scotche sur le portrait officiel, en 2x1m, de notre cher ami Vous-Savez-Qui et son inénarrable sourire-les-yeux-dans-les-yeux.
J’ai passé la nuit dans une cellule crasseuse, dont le trou percé dans un coin de la pièce refoulait les odeurs infâmes que vous pouvez imaginer. A 9h30 (l'horloge du commissariat faisant foi), je suis réveillé par un gaillard « Debout là d’dans ! »
J’ai les yeux remplis d’amour après moins d'une heure de sommeil, je le sens bien. « Oh ben, faut arrêter l’alcool si ça vous met dans cet état au réveil ! » Je me suis efforcé de ne pas écrire la moindre insulte explicite dans ce texte pour des raisons évidentes. A vous donc d'imaginer la plus appropriée dans cette situation.
Retour au commissariat du 14e, où je recroise donc mon pote. Je redescends une demie-heure en cellule sans la moindre explication. Je tiens à peine debout lorsqu'on me remonte dans la salle d'interrogatoire. Prise d’empreintes : tous les doigts un par un, puis les cinq de la main gauche, puis les cinq de la droite. Photo de face avec un écriteau. Profil gauche. Profil droit. La chaise, chef-d’œuvre de technologie sorti tout droit du Moyen-Âge, comporte une barre de fer qui, quelle que soit la position que vous adoptez, met un point d'honneur à vous entrer profondément dans le fondement.
Déposition. Affiche 4x3 de Rocky IV sur un mur, les Brigades du Tigre sur l’autre. Dans la pièce d’à côté, cinq flics sont avachis devant leur PC. Je vois deux écrans : le flipper Microsoft, et un vieux jeu de casse-brique. Ca glande sec.
Je suis accusé de « conduite d'un véhicule en état d'ébriété sur le trottoir d'une agglomération ». C'est vrai que dit comme ça, je pourrais passer au JT.
On me demande mon adresse. Comme je suis censé emménager le jour-même (je devrais d’ailleurs déjà être installé, à l’heure qu’il est), je donne mes coordonnées lilloises. « C’est pas ce qu’il y a d’écrit sur votre carte ! » Encore cette tête du mec qui vient de faire la découverte du siècle. Je répète que j’emménage aujourd’hui. Je suis crevé, j’en ai marre. Je crois que je parle un peu mal, mais eux au moins ont l’air de s’en foutre, et laissent faire. Ca paraît stupide dit comme ça, mais vous n’avez pas idée comme ça fait du bien sur le moment. L’un des mecs de la pièce d’à côté lève la tête de son PC : « Vas-y, je suis sûr qu’il sait même pas comment ça s’écrit, Wazemmes ! » J’épelle à son intention, encore un peu plus fort. Il faudrait vraiment que je baisse d'un ton, mais rien à faire. Les nerfs lâchent, il est 11 h et j’ai dormi moins d'une heure dans ma cellule.
On mec me bombarde de questions sur ma vie privée, coucou Edvige ! Je réponds à côté. Sauf à une. « Etudes ? »
« - Journalisme ». Je l'ai dit avec un air de défi à deux balles qui n'était pas le bienvenu, a priori. Mais les questions s'arrêtent soudainement, et on m'indique que je peux partir.
Je récupère mes affaires, retourne chez moi. Ma mère m’apprend qu’après avoir essayé les hôpitaux et mes potes, elle a « tout de suite pensé » que je pouvais être au commissariat. Ah ben merci Mum, ça fait plaisir.
Lorsqu’elle a appelé, elle a eu le droit d’apprendre que oui, j’y étais. Pourquoi ? « Il a commis une infraction. » Mais il va bien ? Il a fait quelque chose de grave ? « Je n’ai pas le droit de vous le dire Madame, il a commis une infraction. » Et il sortira vers quelle heure ? « Je vous ai dit qu’il a commis une infraction, vous n’avez pas le droit de le savoir ».
Un de mes potes s'y est rendu lui aussi après avoir reçu l'appel de ma mère. Il a essayé de savoir pourquoi j'étais là et si j'allais bien, mais n'a pas pu insister bien longtemps. Il est parti au moment où les mecs commençaient à envisager de l'embastiller à son tour.
Le soir, fraîchement Lillois, je m’en remettais heureusement avec une bonne Duvel et une carbonnade. Et voilà. C’était le récit de ma dernière nuit en tant que Parisien. Tous les détails sont rigoureusement authentiques. Alors, bon. Comment conclure, après tout ce non-sens ?
Juste que dans ce texte, il n'y avait que les faits. Mais pas le sentiment d'humiliation. Pas l'incompréhension totale de ce qui vous arrive. Pas l'impassibilité totale d'hommes-robots qui appliquent à la lettre des directives sans se poser la moindre question. Pas toutes ces images et ces odeurs qui restent en tête des semaines plus tard. Et pas la Haine, la vraie. C'est elle qui restera pendant des années quand je repenserai à cette nuit.
Mon pote a reçu par courrier une amende de 250 euros la semaine dernière. J'attends donc la mienne, en espérant que je ne recevrai pas en prime une convocation au tribunal pour cette fameuse "conduite d'un véhicule en état d'ébriété sur le trottoir d'une agglomération".
Un article du Canard nous apprend cette semaine (numéro du 10/12/2008) que le nombre de gardes à vue a augmenté de 54% en 5 ans. 560 000 personnes ont été concernées durant cette période. Je ne suis donc absolument pas un cas isolé, et les quelques récits présentés dans l'article font assez peur. Traversez bien dans les clous, regardez vos pompes, fermez vos gueules et qui sait, peut-être que tout se passera bien.
D'avance, merci
J'ai repris le vélo à Paris, et on dirait bien que rien n'a changé. Après 6 mois d'interruption et une récente grosse émotion qui me rappelle de fâcheux précédents, je renouvelle donc ma demande : amis piétons, si vous pouviez arrêter le PCP et regarder avant de traverser, ce serait rudement chouette.
J'aime beaucoup mon vélo, je lui trouve un certain style du haut de ses 90 euros et sa finition Décathlon-pour-les-pauvres. Il est un peu moche, franchement tape-cul, mais peut-être par bête affection, je m'y sens à l'aise. J'ai l'impression de moins fatiguer qu'avec un vélo de ville. Aucun vélib' ne pourrait le remplacer dans mon petit coeur tout sensible. En un mot comme en cent, j'aime ce vélo.
Vous me verriez donc fort contrarié si j'en arrivais à lui voiler une roue en vous défonçant les hanches et/ou la cage thoracique, le jour où je n'aurai pas le temps de piler à quelques centimètres de votre regard bovin et vaguement désapprobateur.
Amis futurs tétraplégiques, bonsoir.
"Choses vues", la complète 2006 - 2008
Vu dans le métro au retour de la fac : un gars à l’air désespérément normal, 25 ans, une petite croix autour du cou, marche le long du quai. Le signal de fermeture se fait entendre, et le gars se fige alors à la hauteur d’une porte, l’air vachement concentré. Montera, montera pas, le suspense est insoutenable dans le wagon… Et en fait le gars attend que les portes commencent à se refermer, et passe son bras avant de le retirer au dernier millième de seconde avec une perfection dans le timing qui laisse soupçonner un entraînement de longue date et un TOC bien sévère. Ah aaaaah, je t’ai encore démasqué, maléfique Lapin Rose…
Je suis dans une fac formidable (edit : La Catho, Paris 6e, en 2006). Au beau milieu d’une conversation entre trois de mes voisines à propos des étrennes – ben ouais, chacun son truc – émerge la phrase du jour :
"Je me suis fait couillonner, mon parrain est mort et ma marraine habite à Aix"
...ce qui a quand même jeté un froid assez conséquent : environ cinq secondes. Après quoi le blablablablablabla a repris. J’ai qu’à me baisser pour les ramasser, c’est magique.
Un chauffeur de taxi, la semaine dernière.
"Putain de cyclistes ! Ah mais y font chier, putain... Ah mais ça Delanoë, au lieu d'voir c'qui s'passe dans la rue là, tout le bordel avec ses couloirs de bus à la con, il est au lit avec son mec j'suis sûr ! " (...) " Et puis Sarko, là, avec sa Carla... Bah lui il s'en fout des feux avec ses motards ! Aaaah, y font ceux qui savent pas mais un jour ça va aller mal, moi j'vous l'dis ! Ca va aller mal... "
Oh là là, mais dites-moi, "Next, made in France"... C'est... C'est phénoménal, non ? Une nouvelle dimension, quelque part dans un monde où tout peut arriver. Le genre de monde parallèle où l'on peut entendre en l'espace de 10 minutes, entre autres considérations philosophiques de haute volée :
"- Ouais, moi j'voudrais trop ça pour mes noces de mariage !"
"- Et vous, vous avez déjà trouvé une liasse de billets d'argent ?"
"- Ben écoute tu sais, moi j'pense que j'y crois à la fidélité..."
Rapporté par David de son taf. Un mec très sérieux :
"Mais enfin quoi, les Chinois ça roule en vélo ! Y z'ont pas besoin d'acheter du pétrole ! Pourquoi y nous volent not' pétrole alors ?"
Clap clap clap clap clap.
A l'instant même, sous mes yeux ébahis. Je bossais devant Qui n'en veut les gagner les miyons dans la popoche, quand soudain est apparu un candidat phénoménal. Costard violet, here comes Frédéric (je crois), un mec sensass.
Deuxième question. "Quel est le prénom de l'actuel candidat à la présidence américaine, Mr Obama ?" A: Cabahn. B : Barack.
Frédéric sourit.
Réponse C : Beecock. Réponse D : Kahutt.
Oh putain. Là ça va plus du tout. Frédéric est super nerveux. Il hésite pendant une interminable minute. Foucault ne trouve pas les mots pour le remettre en selle sans être vexant. Ca se limite à un "Mais enfin, Frédéric..."
Il a fallu le vote du public. La tronche de Foucault... C'était magique.
Cours particulier : j'explique à un élève de 1ère ce qu'est une allégorie : "personnification d'un concept abstrait". Il réfléchit. "Mais par exemple je pourrais faire une allégorie de ma trousse ?"
Restons calme.
Entendu sur France 2. Question à une candidate quinquagénaire : "En quelle année avant Jésus-Christ est mort Jules César ?"
"-Euh... 1300 avant Jésus-Christ ?"
Ah ouais quand même.
"Attends désolé, mais le champagne c'est quand même bien plus agréable à vomir que le rouge quoi..."
Quelqu'un à l'anniversaire de Maxime. Il était tard. Je sais pas. Je sais plus.
Dernier bus 62 de la soirée. Bobillot-Tolbiac. Un mec apparemment lucide monte par l'avant, pépèèèèère, composte son ticket, pépèèèèère, se dirige vers l'une des quatre places en vis-à-vis, pépèèèère, commence à plier les genoux pour s'asseoir, légèrement penché vers l'avant, le bus démarre, BAM la vitre.
Porte Dauphine, terminus de la ligne 2. Tout le monde descend. Ding-doooong, message enregistré de la RATP. Opératrice à la voix de velours qui rappelle aimablement aux galériens franco-hispano-germano-italophones que tous les voyageurs sont invités à descendre. Quatre touristes descendent sur le quai, puis tournent et retournent leur plan de métro durant les trente secondes d'arrêt. Merde quoi, ils ont le plan sous les yeux, je veux qu'on soit bien d'accord.
Le signal de fermeture des portes résonne. Aux abois, ils relèvent brusquement la tête et d'un seul geste, se jettent littéralement dans la rame alors que les portes se referment. J'ai pas tout compris.
(janvier 2008)
Attention derrière toi, c'est affreux !
C'est officiel, ils sont en train de contaminer l'un de mes neveux solognots (Lamotte-Beuvron... ça devait arriver). Alors même si j'ai pas le temps cet après-midi, je le prends parce que là non. Juste non quoi, pas ma famille, c'est pas sport.
Alors oui, d'accord. Je reconnais. C'était marrant deux secondes. Ca a peut-être sauvé quelques soirées de désoeuvrement du côté de Rambouillet ou Clermont-Ferrand l'année dernière. Mais là c'est plus possible.
S'il ne s'agissait que d'une danse... Franchement, ça passerait encore. Ce spectacle m'est assez douloureux, mais je reconnais que personne n'est obligé de regarder ; si l'on n'aime pas, le plus simple reste de ne pas regarder les vidéos qui polluent écument Internet ces derniers temps. De plus je ne fréquente pas les boîtes susceptibles d'accueillir ce genre de gros ploucos personnes en lègère carence d' autoconscience esthétique.
Mais ce look, bordel... Vous allez me dire qu'il n'est pas à rendre ses tripes dans la seconde tellement c'est moche légèrement agressif, ce look ? Ami tecktonikeur, libre à toi de te faire violer par ton propre pantalon au moindre mouvement un peu brusque ; y en a qui aiment, je juge pas. Mais tes cheveux, je veux dire, ils t'ont rien fait tes cheveux... Pourquoi ce balai à chiottes cet intriguant agencement capillaire ornant le sommet de ton crâne ? Que t'avons-nous fait ? Pourquoi, dans les quartiers à haut risque de Bastille ou Châtelet, devons-nous sans cesse redouter la crise cardiaque ? Non mais est-ce que tu sais quelle sensation peut bien foudroyer l'honnête citoyen lorsqu'il croise l'un des tiens au détour d'une ruelle sombre ? Tu n'as pas honte, petit inconscient, avec ton maquillage ténébreux et ta coupe destructurée ? Tu ne sais donc pas qu'il est cliniquement possible de mourir de rire ?
Non allez, mea culpa. Je dois juste être aigri face à une nouvelle mode que je ne comprends pas. Ah là là, 23 ans et déjà à la masse, c'est malheureux... Alors je vais laisser la parole à la partie adverse. Je vous présente Trixi, number one français de la tecktonik, qui nous dévoile les principaux enjeux artistiques de la pratique de cette danse. Attention les enfants, il paraît que ce gars serre - mais alors ce qui s'appelle serrer - alors prenez des notes.
"C'est vrai qu'on dit j'suis tecktonic a fond... J'dirais pas tecktonik à fond, enfin ouais, oui, j'suis un tecktonic a fond". Euuuuh ben ouais, que dire de plus.